Marchés efficients, investisseurs libres et États garants : trames du politique dans les pratiques financières professionnelles - Archive ouverte HAL Accéder directement au contenu
Article Dans Une Revue Politix Année : 2011

Marchés efficients, investisseurs libres et États garants : trames du politique dans les pratiques financières professionnelles

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Horacio Ortiz

Résumé

During the last thirty years, financial regulation has been reoriented within a political project aiming at establishing "efficient markets" where "investors" could contribute to an "optimal allocation" of resources, backed by a "minimal state" limited to the role of the guarantor of the functioning of the system. Yet, the financial industry set up according to these concepts has progressively led to the obliteration of the political genealogy from which they proceed: nowadays they appear to be mere technical tools in the hands of professionals handling them in practical contexts. An analysis of the daily practices of fund managers investing in credit derivatives before the crisis, in 2004 in Paris, corroborates that observation, but also shows that this technicization is not total: in situations of change and conflict, the same concepts are likely to engage the clutch again to moral and political justifications along the lines of the liberal philosophies they stem from. This reveals that while the financial system is a framework in which the unequal distribution of credit is believed to be just a technical question and thus cannot be discussed as a political issue, i.e. as a matter of a relation of forces, the technicization can only be understood as being itself political and thus as being part of the relation of forces: the tension between the technical and the political appears then as an internal component of the political project framing contemporary finance.
Au cours des trente dernières années, la régulation financière a été réorientée suivant un projet politique visant à établir des " marchés efficients " où des " investisseurs libres " contribuent à une " allocation optimale " des ressources et un " État minimal " réduit à un simple rôle de " garant " du fonctionnement du système. Cependant, l'établissement de nouveaux cadres de l'industrie financière informés par ces concepts a progressivement conduit à un effacement des marques de la généalogie politique dont ils procèdent : ils apparaissent ainsi finalement comme de simples outils techniques aux mains des professionnels aptes à les manipuler dans des contextes pratiques. L'analyse des pratiques quotidiennes de gérants de fonds investissant dans des dérivés de crédit avant la crise, en 2004 à Paris, confirme ce constat, mais montre aussi que cette technicisation n'est pas totale : dans des situations de changement et de conflits, les mêmes concepts sont susceptibles d'embrayer de nouveau sur des justifications morales et politiques selon les lignes des philosophies libérales dont ils sont issus. Cela révèle qu'alors que le système financier correspond à un cadre dans lequel la distribution inégale du crédit, en tant que question technique, ne peut pas être discutée comme un enjeu politique, c'est-à-dire comme un rapport de forces, cette technicisation ne se comprend que comme étant elle-même de nature politique et dès lors comme participant à ce rapport de forces : la tension qui se dessine entre le technique et le politique apparaît alors comme un rapport interne au projet politique dans lequel s'inscrit la finance contemporaine.
Fichier non déposé

Dates et versions

hal-00761542 , version 1 (05-12-2012)

Identifiants

  • HAL Id : hal-00761542 , version 1

Citer

Horacio Ortiz. Marchés efficients, investisseurs libres et États garants : trames du politique dans les pratiques financières professionnelles. Politix, 2011, 95, pp.155-180. ⟨hal-00761542⟩
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